Armelle des Ligneris

LE BOA

 

« Des blancs reposés par la sieste et rafraîchis par la douche du soir » 

Marguerite Duras dans Un Barrage contre le Pacifique

 

 À Dau-Tieng, au Vietnam, il y avait, de 1925 à 1968, une plantation d’hévéas appartenant à l’entreprise Michelin. Dans les années 50, le directeur de l’exploitation et sa famille se mirent en scène et se photographièrent sur le territoire post-colonial vietnamien. Les titres des peintures d’Armelle des Ligneris, sont tirés des légendes inscrites au dos des photographies qui les ont inspirés. Par la peinture, en schématisant, en décolorant ces images que leurs auteurs s’étaient appliqués à construire et à esthétiser, Armelle, elle, s’applique à les déconstruire, à les effacer de cette terre qui n’était pas la leur. 

 

Les oeuvres d’Armelle des Ligneris évoquent implicitement la domination et la dépossession. Elle élargit l’imaginaire lié aux systèmes d’oppression en peignant leurs décors, leurs formes soignées caractéristiques, ce qui vient au-devant, par-dessus la violence. L’ambivalence guide cette exposition. La douceur, le raffinement des traits nous attirent, pour nous plonger dans une violence silencieuse. Si d’un premier abord ces images nous paraissent séduisantes, peut-être nous faudrait-il questionner notre identification aux esthétiques du privilège blanc.