Bryce Delplanque

« En tant que peintre, je considère mon médium comme celui de l’image plutôt que celui de la peinture. Je peins pour comprendre les images que j’utilise, ce qu’elles signifient et ce pourquoi je les regarde. Il est souvent dit de certains artistes qu’ils peignent de mémoire. J’ai toujours trouvé cela fascinant. Ils peignent pour donner forme à des images mentales, parfois attachées à des souvenirs. Dans cette exposition j’ai également exploré cette fonction mémorielle attribuée à la peinture, témoignant ainsi de souvenirs par la peinture. À la différence près que ces souvenirs ne m’appartiennent pas, que je n’en suis pas «l’auteur» . Mon exercice de mémoire s’apparente à un peintre ayant perdu la (sa) mémoire. Les souvenirs dont il est question m’ont été transmis au moment de l’héritage de ma grand-mère. Cartes postales, touillettes à cocktail, papiers à en-tête, boîtes d’allumettes, cendriers et dessous de verre, souvent en triple ou quadruple exemplaire, comme autant d’objets et d’images rapportés d’un endroit, témoignant ainsi de cette volonté farouche du souvenir d’un état d’être. Ces images, proviennent de l’hôtel Bel-Air en Californie. Elles m’ont fasciné dès le début, tant sur le plan esthétique que pour leur désir ardent de combler un vide. C’est ainsi que j’ai commencé à les peindre, cherchant à les comprendre et à saisir ce lien étrange et nostalgique avec des souvenirs qui ne sont pas les miens.

C’est pour cette raison que beaucoup de mes œuvres présentent un aspect d’objets, restant fidèles à leurs sources, cherchant à être plus authentiques qu’une simple peinture. Le souvenir devient toujours suspect s’il ne peut être confirmé. C’est pourquoi mes peintures ne cherchent pas à figurer des souvenirs mais jouent plutôt le rôle de pièces à conviction, témoignant d’un sentiment nostalgique qui peut sembler illégitime, mais qui est pourtant profondément ressenti.

La question de la fonction mémorielle est souvent posée en peinture, mais ici, il est question non seulement de comprendre ce rapport à la nostalgie, mais également de transférer d’un lieu à un autre une réalité idéalisée. L’espace d’exposition est ainsi pris comme un espace intérieur, à mi-chemin entre un espace domestique et un espace mental de projection. La galerie est envisagée comme un espace domestique, agencé et décoré, où j’ai même meublé l’espace à un certain moment, comme on meuble une conversation. Dans cette mise en scène, les frontières entre le décor et le sujet deviennent floues, parfois même inventées ou recherchées en dehors de mon stock d’images pour combler les blancs. Recherches spéculatives et Solutions décoratives.

Le titre de l’exposition «You Have to Pick the Places You Don’t Walk Away From» est une citation empruntée à Joan Didion, dont l’œuvre accompagne mon travail. Cette citation encourage à choisir et à accepter les lieux et les souvenirs qui nous façonnent, soulignant ainsi comment ces lieux deviennent des points d’ancrage pour notre propre histoire et nos souvenirs. » Bryce Delplanque

«Les cartes postales sont le saviez-vous l’ultime séjour du sublime»

Christian Bernard